Nuit debout analyse de langage (19 avril 2016)

La nuit debout soulève une dialectique intéressante (à défaut de pouvoir parler de l'intérieur).

Elle crée des "éléments de langage" que l'on peut "contrer", en voici quelques uns

http://www.lemonde.fr/politique/article/2016/04/18/nuit-debout-pour-la-droite-la-chienlit-s-installe-a-paris_4904397_823448.html

Ce qu’il se passe est tout simplement inadmissible. (…) Nous sommes dans un état d’urgence, nous avons des difficultés à faire surveiller nos crèches, nos écoles et des policiers sont pourtant mobilisés place de la République.

Brigitte Kuster, porte parlole LR

Inadmissible : pourquoi ? C'est une bonne question à laquelle une réponse polémique est donnée. Qu'est-ce qui rendrait la nuit debout réellement inadmissible ? La "Nuit Debout" a-t-elle enfreint la loi ? Je suppose que non, sinon les moyens légaux auraient déjà été utilisés non ?

Etat d'urgence : justement, une des bases de la critique de la Nuit Debout est le rejet de l'arbitraire de l'exécutif, l'Etat d'Urgence est largement injustifié et abusif selon plusieurs ONG.

Faire surveiller nos crèches : très bonne idée, on va mettre un cordon de CRS devant chaque école, les enfants seront sécurisés ! Non, en fait, simple rhétorique de culpabilisation, qui, comme le propos contre la pédophilie qui justifie tout, sacralise la protection de l'enfant comme loi absolue contre laquelle aucune autre raison n'aurait de droit.

 

la chienlit qui s’installe au cœur même de la capitale et de nos principales villes

Eric Ciotti LR

 

Ah, le discours anti-68.

Pour "les républicains", l'anathème de "chienlit" est un renvoi au discours du "Grand Héro" du parti, le Général.

Non mais en réalité, c'est quoi cette "chienlit" ? Ca vient d'où ce terme ?

Ca vient, assez naturellement, de la même construction de "pissenlit" (Pisse en lit, c'est diurétique).

Chienlit ? Chie en lit.

Bref, c'est un qualificatif paternaliste qui compare le responsable de la chienlit à un bébé qui a sali le berceau en braillant. Ca n'a rien de rationnel.

une dictature de la minorité

Bruno Lemaire

Alors là c'est simple, il y a deux mots.

Dictature et minorité.

La mobilisation a été suscitée par la loi El Khomri, en disant qu'elle était un "cadeau aux patrons". El Khomri, qui sentait venir cette gronde, avait menacé d'entrée de jeu que si nous n'étions pas sages, cette loi passerait par 49-3.

Ce qui en soit est tout à fait caractéristique de ce qui est dénoncé : un pouvoir arbitraire soumis aux main d'une minorité.

Elle est là, la "dictature de la minorité", pas dans la rue, c'est un renvoi de responsabilité c'est tout.

Aujourd’hui, il n’y a pas un maire d’arrondissement qui peut organiser une braderie, une rencontre, une manifestation festive. Et aujourd’hui le gouvernement accepte cette “Nuit debout” et “gouvernement par terre”, (…) dont les slogans sont “niquer les flics” et “travaillons au désordre”. Naturellement, on doit faire évacuer cet espace 

Brice Hortefeux (LR toujours)

Brice, si on peut organiser des braderies, des rencontres festives, si ca redevient important, c'est que l'urgence est derrière nous non ? Le problème n'est pas que la police soit mobilisée par une manifestation, le problème est que la police soit mobilisée par l'état d'urgence...

Donc "Naturellement" non, rien n'a été démontré.

Ce qu’il s’est passé avec Alain Finkielkraut est inacceptable

Phippe Juvin LR

Ah, inacceptable et il faut le prendre comme ça ?

La justice française, entre autres, garantit un "débat contradictoire" avant de porter un jugement. Quand je lis le débat contradictoire sur cette affaire, la faute est partagée entre la manifestation qui ne peut pas accepter un autre avis et Finkielkraut qui y allait dans le but de faire du remou (ou alors je ne m'explique pas sa posture et ses propos).

La conséquence naturelle a été le "conflit", qui s'est terminé de façon tellement pacifiste que Finkie en témoigne malgré lui : il s'attendait à être plus malmené.

Pour le débat contradictoire, vous trouverez les deux versions sur Libération et, il me semble, Mediapart. Oui, c'est gauchiste.

« Hier soir, en accueillant et offrant une tribune à l’ancien ministre grec Yanis Varoufakis et en insultant et expulsant avec perte et fracas le philosophe et académicien Alain Finkielkraut, les participants au mouvement Nuit debout montraient leur vrai visage. Celui de la haine et de l’intolérance », a écrit dans un communiqué, dimanche 17 avril, M. Ciotti en se posant en défenseur d’une « majorité silencieuse, celle qui dort la nuit parce qu’elle travaille – ou cherche un travail – le jour ».

Oui, oui oui.

Donc déjà, au moins, on a une meilleure idée de ce qu'est la "majorité" et la "minorité" dans ce discours. Cette "majorité" silencieuse, elle est silencieuse peut être parce qu'elle n'existe pas, tu crois pas, Eric ?

Ce que tu décris, Eric, c'est le fantasme qui est condamné entre autre dans le combat sur la nouvelle loi travail : une majorité obéissante, qui soit travaille ou cherche du travail, soit dort.

Je propose que la "majorité silencieuse" dont il est question ne qualifie pas des humains, mais des machines esclaves qui n'ont pas d'autre comportement que celui qu'on a "codé en dur".

Ensuite, se poser la question "des combat de Varoufakis ou Finkieltraut, lesquels sont les plus proches de ceux d'une populace en colère contre le monde de la finance". Je crois que ça explique bien le reste, non ?

 Nuit debout, c’est la rencontre entre le numérique et une nouvelle demande d’émancipation dans un contexte d’effacement des hiérarchies. C’est le fonctionnement en réseau, sans chef, dans des relations horizontales et non plus verticales : cela a déjà profondément transformé l’économie mais pas encore la politique. Et ça vient…

NKM - LR

Bah alors Nathalie, tu me déçois en bien là. Réduire cela au numérique, justement, c'est réducteur, mais dans ce brouhaha je trouve cette prise de position bien plus réaliste