Le choix d'Hercule

Je me pose des questions sur mon avenir... Tu feras quoi toi ?

Un peu de mythologie introductive

Laisse moi te parler d'une légende, public.

Il s'agit d'une légende apocryphe au mythe d'Hercule, que l'on appelle "Hercule à la croisée des chemins", "Hercule entre le vice et la vertu", ou plus simplement, d'après son auteur supposé Prodicus, "le choix d'Hercule".

L'histoire est simple et vieille comme le monde. Je vais vous la broder pour le plaisir.

Hercule n'a pas eu une enfance facile. Sa belle mère, toute cocufiée qu'elle était pour la énième fois alors que bon, elle était quand même la déesse du mariage, ça le faisait pas, a voulu se débarrasser de l'enfant. Les serpents ça marchait pas, et la dernière fois qu'elle lui avait collé un pain en travers de la goule parce qu'il tétait trop fort, ça avait créé la voie lactée (sans déconner...)

Ado difficile, pas très ouvert aux idées libristes, il tua Linus. Son précepteur de lyre. Avec sa lyre. Je vous disais : ado difficile.
Du coup, son père adoptif, Amphytrion, l'envoya se calmer avec Heidi, au milieu des montagnes, des prés, et des moutons. Le grand air, se disait-il, ça fait du bien aux gamins (ce qu'on appelle dorénavant "se faire envoyer paître")

Et, bon, alors, tranquillement, alors qu'il pionçait à moitié en regardant distraitement les brebis débiles manchonner à longueur de journée comme dans un album du génie des alpages, se pointent deux nymphes pas très claires, le plaisir et la vertu.

La première lui dit "Hercule, tu es fils d'un Dieu, de la lignée des Perséides, tu sais, tu mériterais que ce joli petit corps musclé soit perpetuellement empli des meilleurs mets et caressé des plus fines peaux, qu'en dis tu ? Ca serait un peu une vie de branleur, d'accord, mais ça sonne pas mal non ?"

L'autre lui dit "Hercule, tu es le fils d'un Dieu, de la lignée des Perséides" - autant vous dire qu'il était pas vendu à ce moment là "tu es du sang des héros, protégé d'Athena, que dirais tu de réaliser cette destinée là ? Par contre, hein, sur le papier c'est pas joli joli, je te garantis que tu vas en chier, mais ton nom restera dans l'histoire".

Vous voyez où ça mène ? Finir dessiné bizarrement dans un Disney, ça vous fait rêver ça ?

Pourquoi il nous fait chier avec ça ce con ?

Parce que, vois tu, public, je suis un peu comme Hercule à la croisée des chemins là. Enfin, au, mieux si je somme toutes mes compétences et que je dois arriver au niveau d'Oreste, mais c'est déjà ça.

Voila, bon, ça fait 4 ans que je bosse avec ma maladie. Mais ça marche pas bien du tout, tu t'en doutes, et maintenant, me voilà en invalidité de deuxième catégorie.

Avant, j'aurais pas hésité à continuer à travailler, parce que j'étais la seule source de revenus du foyer. Mais maintenant que ma chère et tendre a un boulot, la question ne se pose plus.

La question est donc : je continue à bosser ou pas ?

J'ai un roman en cours. Je suis en train d'écrire une pièce pour pouvoir faire à nouveau du théâtre. J'ai des rasoirs à restaurer pour diverses personnes et ça me fait du bien de faire ça. J'ai le temps de vivre au rythme de ma maladie. J'ai le temps de m'occuper de chez moi. 

Et si j'ai un traitement qui me rend plus malade qu'il ne m'aide, ce qui est le cas en ce moment et le sera à nouveau à l'avenir, ça me fait passer des journées difficiles, mais pas infernales. 

Mais une pension d'invalidité ça se révise, ou, mieux encore, je pourrais être un jour guéri... Et alors quoi ? Peu de gens réussissent à percer dans l'écriture ou le théâtre, et restaurer des rasoirs ce n'est pas une activité très lucrative.

Et puis, travailler un peu, c'est garder du lien social, garder une vie active, thérapeutiquement c'est positif. Et ça ferait de l'argent qui s'accumule vite pour préparer les projets à venir : enfants, être propriétaire, le mariage...

Je sais que tu es pas dans la même configuration, public, mais honnêtement, tu ferais quoi toi ?

Commentaires

1. Le lundi, avril 20 2015, 17:39 par MonsieurK

Je me permets de répondre, tout en sachant - comme tu le précises si bien - que je ne suis pas dans tes chaussures. C'est donc un point de vue qui ne prend pas en compte toute la charge émotionnelle que va avoir la personne - toi, donc - qui décidera in fine. Mais puisque tu demandes, je réponds...

À mon avis, il est essentiel de séparer le travail et le métier.
Le travail a une dimension économique non négligeable. Pour toi, mais aussi pour la société. Travailler, c'est s'inscrire dans un schéma productiviste voire même, si on pousse l'étymologie un peu plus loin, dans une forme d'esclavage, d'animalisation. Je sais, je dévie, mais c'est ma liberté : on a bien eu droit à Hercule, je me permets des écarts d'un autre type (mais, promis, je ne chanterai pas l'Internationale !).
Le travail a, tout de même, un atout certain, puisqu'il permet de faire entrer, de façon plus ou moins régulière, et sans toujours respecter l'adéquation effort fourni/rémunération proposée, de l'argent, et que l'argent, c'est important. Non seulement pour manger, mais aussi - société moderne oblige - pour la valorisation individuelle, la reconnaissance sociale, la construction de projets, l'autonomie par rapport aux autres (et à l'Autre), les cotisations à la retraite, etc.

Le métier, c'est autre chose. C'est le savoir-faire. C'est la compétence. C'est, d'une autre façon, la valorisation de son image (vis-à-vis des autres et vis-à-vis de soi-même). Le métier, une fois supprimé son lien avec le travail (et le productivisme), peut gagner en noblesse - mais il y a toujours le risque de l'incompréhension, puisqu'il va manquer la valorisation financière.

Je ne vois donc pas le travail comme indispensable à " garder du lien social, garder une vie active, thérapeutiquement c'est positif". Par contre, le métier, c'est certain. Mais ce métier peut avoir des facettes inattendues. Tes compétences (restauration de rasoirs, écriture, mais aussi compétences informatiques...) peuvent te permettre de garder contact avec les autres (essentiellement par le biais associatif, mais pas uniquement, devenir son propre employeur pour suivre son propre rythme peut aussi être une possibilité). Et si, ce que j'espère, la guérison arrive, ce sont autant de leviers qui permettront de te relancer.

Pour moi, ce n'est pas quelque chose d'irréaliste, bien au contraire. Vivre au rythme de son corps, c'est primordial (et bien des personnes qui ne sont pas malades devraient s'en souvenir avant d'être malades).
Après, il reste toujours la question de l'argent dans le couple. Suivant les personnes, ce n'est pas un problème (ou, en tout cas, ça ne l'est pas tant que tout va bien). Pour d'autres, c'est un souci d'image (et c'est plus souvent de sa propre image que de celle de l'Autre ou des autres). Je pense que, malgré tout ce que mon bon sens pourrait me dicter à ce sujet, c'est le point qui me serait le plus problématique.

Je ne suis pas certain d'avoir répondu ; je ne suis pas certain d'avoir été éclairant. Mais j'espère que ça apportera des pistes de réflexion...

2. Le mardi, avril 21 2015, 14:14 par Aggelos

Non, tu as raison sur toute la ligne et c'est une réflexion qui m'anime depuis début Janvier (si ce n'est avant).

Je distingue compétence, travail, métier, profession.
Les compétences permettent le travail, qui avec la pratique peut devenir un métier. La profession c'est être payé pour un métier. Enfin, dans l'idée que je m'en fais.

Mon mentor lui est en train de tout plaquer pour aller vivre dans une yourte et tanner du cuir d'autruche. J'ai plusieurs métiers, comme tu le dis. Et de ces métiers, je préfère ceux qui portent directement leurs fruits, où, comme le voulait Aristote, apportent leur satisfaction dans leur "praxis". C'est "L'éloge du carburateur" de Crawford :)

Mon ennui principal, c'est que dans la profession il y a l'engagement, et je ne sais moi même pas de quoi je suis réellement capable en terme d'engagement.

Il reste des voies que je peux encore explorer avec mon employeur. Pour l'instant je me réserve le temps de juger sur pièce.

Merci de ta fidélité et de ta contribution :)

3. Le mardi, avril 21 2015, 16:52 par Benoit

Rien à dire, juste je te retrouve (Benoit de Lille) par hasard, t'as mon mail maintenant. A tantot pour des nouvelles