Ca pete aux yeux pourtant... Je suis en train de regarder, furieux, le débat sur l'HADOPI 2 à l'assemblée. Pourquoi furieux ? Parce que l'opposition se montre étonnamment constructive et contributrice d'idées qui pourrait donner un peu de sens à cette satanée loi.

Ils sont généralement relativement bien informés, mieux que leurs adversaires je trouve, ont une conscience morale, une justesse du propos tous partis confondus (même UMP, c'est dire).

Mas voila, systématiquement, ils sont retoqués par un groupe qui se moque bien du contenu, qui vote contre leurs amendements par simple principe.

Et là ca me pête aux yeux. La force "rouleau compresseur" par construction de l'UMP, et la faiblesse de l'opposition. Vous ne voyez pas ?

En France, le système démocratique constitutionnel garantit certaines libertés : l'égalité, le droit a chacun de participer aux décisions qui vont donner une direction à son pays, le droit à chacun d'exprimer ses opinions et qu'elles puissent être entendues.

Ces droits inaliénables s'appliquent à la France en tant que nation. Est-ce que cela s'applique à un parti politique ? L'UMP a prouvé que non. La force de l'UMP, qui s'appelait au début "Union pour la Majorité Présidentielle", ce que ce parti est toujours en dépit de son changement de nom, c'est simplement que c'est un consentement de ses membres à la dictature.

Pardon, je corrige : à l'oligarchie.

Consentement que je juge, de mon fauteuil, appuyé sur la peur d'un monde qui va trop vite et dans lequel le débat n'a plus sa place, dans lequel il faut agir, et vite. On donne sa voix afin, non plus qu'elle soit porteuse d'une opinion qui soit la sienne ou celle de ceux qu'on défend, mais porteuse d'une force donnée à une personne ou un groupe de personne dont on assume qu'ils sont "technocrates" : que fort de leurs compétences, ils prendront les bonnes décisions rationnelles. Ce qui est une erreur.

Que penser de l'opposition en France actuellement ? Je pense, pour ma part, qu'ils sont dans le vrai. Que leurs divisions réifient réellement ce qu'est la démocratie : une pluralité d'idées qui s'affrontent pour arriver à un consensus, une situation de lésage minimal.

Naturellement, face à une voix qui en vaut 100, une centaines de voix qui en valent au plus 60 pour la plus forte n'ont aucune chance de gagner. Ou est le probleme ? Dans cette disparité, ou dans cette unité ?

Je constate, malheureusement, que beaucoup se sont pliés à l'idée que le problème est dans la disparité : les conflits du PS, la dislocation de la gauche, etc, sont des choses qui nous paraissent des maux.

Nous avons trop accepté ceci, alors que c'est une pensée fausse. Cette divergence d'opinions, cette disparité, c'est cela, la démocratie : le fait que chacun de nos représentants ait un avis. Les partis sont la pour défendre des idées qui vont globalement dans le même sens, pas identiques. Et leur but n'est pas de mettre en place un pouvoir oligarchique, mais de défendre le peuple, ou la part du peuple qui a globalement le même but.

Nous avons besoin de cette disparité, parce qu'elle représente la pluralité de nos opinions !

Ce qui est le pire, aujourd'hui, c'est que cette pensée unique à laquelle la France a souscrit, s'est abrogé un pouvoir universel : législatif, executif, judiciaire et même médiatique (le quatrième pouvoir). Le judiciaire fait quand même son baroud, ce qui est bien, mais pas suffisant.

Cette abrogation, même du pouvoir sur l'opinion, nous a amené à penser que l'opposition est justement toujours dans une opposition, et pas dans une position de proposition (ce qui apparaitrai éminemment faux a quiconque suit le débat sur l'HADOPI), et que leur dislocation est une erreur, est devenue la force clergicale.

Bref, de mon point de vue, tant que la France est sous l'UMP, nous sommes en dictature. Parce que nous nous sommes laissé faire, parce que nous l'avons voulu, et pire, parce que ceux que nous jugions à même de nous éviter cela y ont souscrit également !

Vous me direz, nos députés ont l'obligation morale de défendre nos opinions et les leurs par le même biais. Parce que nous les élisons pour leurs opinions. Pour leur programme. Alors pourquoi avons nous tant de godillots ? Parce que naturellement une oligarchie s'auto-préserve.

Vous trouvez normal qu'on emploie de façon normale des expressions comme "Nicolas Sarkozy s'est énervé et a fait un rappel à ses troupes" ? En quoi un homme a-t-il le droit d'ordonner à ceux que nous avons choisis un avis qui n'est ni le leur, ni le notre ? La présidence UMP est construite sur ce droit ! Et elle l'applique par le baton et la carotte ! Rétribution des partisans, punition des réfractaires. Je ne l'invente pas ! Alors pourquoi la presse relate-t-elle cela de façon normale ? Pourquoi accepte-t-elle ce népotisme ?

Donc que faire ? Demander une loi visant à interdire les députés godillots ? (Et bon sang, ils existent, ils donnent tout son sens à une question que j'ai entendue dans les débats ce soir "vous avez le droit à la parole, pourquoi ne vous exprimez vous pas ?")

Cela ne peut pas marcher, cf. ce que je viens de dire ci dessus, sur l'auto-préservation des oligarchies.

Aujourd'hui je ne vois qu'une solution : changer le jeu de l'intérieur. Peut-être ne suis-je pas le seul à l'avoir vu (ce qui expliquerait certains comportements...). Il faut créer une révolution au sein de l'organisme gouvernemental. Il faut changer l'UMP de l'intérieur.

Edmund Burke disait

"Tout ce qu'il faut pour que le mal triomphe, c'est que les braves gens ne fassent rien"

Très bien. Alors je vais arrêter de ne rien faire et de me tourner les pouces. Je vais tenter de ramener la démocratie en France là ou elle n'est pas. Je vais tenter de créer des contre courants à l'UMP. Je vais prendre ma carte. Mes avis, mes idées ne changeront pas. Je me fous de ma couleur, de l'avis que les gens auront sur moi. Je veux juste que des idées différentes de celles du gouvernement soient clairement exprimées. Pas dans la volonté de disloquer un parti. Uniquement dans la volonté qu'au sein de ce parti, la démocratie existe aussi. Et si la gauche s'unit de la même façon, je le ferai aussi à gauche.

Je n'ai pas d'idées de droite, et j'en ai horreur, mais je juge qu'elles sont nécessaires au débat démocratique en général, sous condition que celui ci, et c'est la seule chose qui importe à mes yeux, existe. Aussi, je suivrai le conseil de Neil Gaiman

Si vous ne vous levez pas aujourd'hui pour les idées que vous n'aimez pas, il sera trop tard demain pour défendre celles qui vous tiennent à coeur


Et je vous encourage à me résoudre au contraire, ou si vous partagez mon idée, à faire la même chose que moi. Parce que je n'y arriverai pas tout seul