Rage quit

Ceci n'est pas une lettre de suicide, merci public tu peux souffler. Mais oui, je songe de plus en plus à un "rage quit".

Un peu de contexte

Le contexte médical

Bon, alors voilà où nous en sommes : personne ne sait ce qui se passe, et même si on savait on n'aurait aucune garantie de pouvoir le guérir. Alors mon bon monsieur, à mon avis c'est dans votre tête, mais même dans ce cas là, vous pourriez ne pas être capable d'accepter d'arrêter de souffrir.

Alors, pour vous faire plaisir, on vous programme deux séances bien trippantes de Special K (ça fait partie des drogues qu'on a le droit de prescrire), et après soyez gentil, foutez nous la paix. Votre douleur, démerdez vous avec, essayer de vous soigner ne sert à rien.

Pour les psychiatres que j'ai pu croiser sur Lyon (Brigitte, tu me manques, je te kiffe, big love), je suis un hystérique pratiquant l'auto-flagellation pour me pardonner mes échecs dus à un excès d'exigence vis à vis de moi même. Ou alors je n'ai pas assez enculé mon père, comprenez, c'est l’œdipe. 

La bonne nouvelle ? Une médecin conseil de la sécu (et toi aussi je te kiffe, t'étais adorable) concède que je ne suis pas un fraudeur et donc je vais avoir le droit à une pension d'invalidité. Ca ne va pas franchement diminuer considérablement mon temps de travail (on verra après pourquoi), mais grosso merdo, ça fait que je pourrai poser des arrêts maladie quand je suis "normalement malade", comme tout le monde, sans que ça n'empêche la Sécu de me verser des indemnités pendant des mois à cause d'une erreur de saisie. Systématique, l'erreur de saisie.

Le contexte familial

Parce que bon, voila, faut quand même faire rentrer un peu d'argent. Sur mon salaire on vit quand même à deux avec deux animaux de compagnie, et franchement avec moins de ressources ça serait pas franchement facile.

Ma compagne ne bosse pas ? Pas franchement de sa faute la pauvre. Ce petit bout de femme qui a sur mener 5 projets audio-visuels multimedia pour des géants du jeu vidéo pendant un événement international, qui est en train de se former toute seule à vitesse grand V à l'informatique, elle est, apparemment

  • Trop qualifiée pour un job alimentaire
  • Trop saltimbanque pour un métier sérieux (vous comprenez, l'audiovisuel, métiers d'artistes)
  • Pas assez qualifiée pour diriger un projet informatique, quand nos chers CP sont tellement compétents qu'il a fallu inventer le métier de Project Management Officer pour s'assurer qu'il arrivaient bien à rentrer leurs tableaux de chiffres, et qu'ils essaient d'utiliser des Gantt plutôt que des tableaux Excel

Alors là aussi, on pousse, on tire, elle essaie de trouver une alternance et se heurte aux mêmes écueils (comprenez, on prend des alternants, mais ce serait bien qu'ils soient déjà autonomes en administration réseau parce qu'ils vont être amenés à bosser seuls), et quand elle n'est pas en train de chercher, elle se forme, et je repasse derrière pour m'assurer qu'elle n'est pas formée à la vite par un powerpoint et une vidéo.

Mais bon, du coup, en attendant faut bien que bibi ramène de la bouffe à mettre dans les assiettes et les gamelles.

Le contexte professionnel

Ca va me faire mal au cul de le dire, mais dans l'ensemble pour l'instant ça se passe plutôt très bien avec ma SSII mon ESN (faut dire comme ça maintenant, sinon on se fait reprendre).

Mais bon, je me suis déjà fait sortir d'une première mission, entre autres parce que comprendre que je ne suis pas capable d'infaillibilité en étant en douleur permanente ça n'a pas l'air de rentrer dans certains crânes. Et un jeudi soir, ça pardonne pas une faute d'inattention, parce que le vendredi quand je suis en congés maladie, c'est le pointage du doigt assuré.

Bref, en plus de faire mon travail, j'ai une pression supplémentaire parce que les exigences ne sont, à mon avis, pas équitables, voire simplement pas tenables. Mais vous comprenez bien que c'est déjà bien sympa de faire bosser un handicapé et de l'intégrer à l'équipe, on ne vas pas le considérer comme tel dans son boulot hein ?

Non que je dise que ce soit systématiquement vrai, il suffira que ce soit vrai deux ou trois fois pour que la pérennité de mon poste soit engagée.

Et du coup ?

"Apporter sa contribution à la société et être un bon citoyen"... C'est un jeu intéressant, sans doute un des plus enrichissants et passionnants du monde, mais wah... Quand le jeu devient injouable, déséquilibré, trop difficile, le rage quit s'impose.

Sauf que c'est dans ces moments là que je ne fais pas comme tout le monde.

Si les règles sont inamovibles, alors respectons les, et les règles, je les connais mieux que beaucoup de monde. Je sais comment elles sont conçues, j'en connais l'esprit et la lettre.

Mais s'il est vrai que ce qui fait briller un joueur d'échecs ou de go, c'est sa capacité à innover dans les règles, ou à les jouer, mieux, ou différemment, il est vrai aussi que tout jeu peu se jouer d'une façon différente de celle que tout le monde imagine.

Je suis le gars pas bon à Quake3 qui ne cherchera pas à faire le plus de points, mais qui vous attendra planqué derrière une colonne pour vous massacrer au corps à corps, parce que c'est fun.

J'ai été Leroy Jenkins avant Leroy Jenkins. Je suis le gars avec qui vous avez joué à Guild Wars, et qui s'est jeté dans un tas d'ennemis avec un mage en hurlant "Montjoie, St Genis, que trépasse si je faiblis !". Parce que c'est fun.

Je suis le débutant qui arrive dans un jeu de rôles bien huilé et qui devient, tout faible qu'il est, l'ennemi juré à abattre sans qu'on n'y arrive jamais.

Alors je suis un affabulateur incapable de travailler correctement et qui profite du système ? Ok, bring it on, si je ne peux pas changer cette image, je vous prends au mot. Et je vais changer radicalement ma façon de jouer. Je ne jouerai plus en collaboration, dorénavant, ce qui comptera, c'est que j'y trouve mon plaisir.

Je vais apporter ma contribution, je vais continuer à jouer, mais à ma façon, et vous savez quoi ? On m'a tellement dit et rabâché que j'étais marginal, différent, inadapté, que je vais porter cela comme un étendard.

Petit à petit, étape par étape, je suis en train de mettre en place une nouvelle façon de jouer. Ma façon de jouer. Qui n'enlèvera rien à qui que ce soit, voire même qui pourra pimenter le jeu d'autres joueurs.

Et ce qu'en pense les autres joueurs ? La société ?

Je respecte les règles, et je ne lèse personne. Ils iront se faire foutre.

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